Cowork, Work, Vibe Work : quatre façons de déléguer du travail à une IA
État des lieux au 5 septembre 2026, à partir des interfaces réelles de Claude, ChatGPT, Microsoft Copilot et Mistral Vibe, recoupées avec les documentations officielles. Cet article prolonge notre comparatif du 27 août en y ajoutant Mistral Vibe et les évolutions de la rentrée.
Il y a un an, on « discutait » avec une IA. Aujourd’hui, les quatre grandes plateformes ont ajouté un interrupteur au-dessus de la zone de saisie. Chez Claude, il s’appelle « Chat | Cowork ». Chez ChatGPT, « Chat | Work ». Chez Microsoft, « Chat | Cowork ». Chez Mistral, « Chat | Work | Code ». Le geste est le même partout : on ne pose plus une question, on décrit un résultat. L’IA planifie, ouvre vos outils, produit des fichiers, demande votre feu vert avant d’agir, et revient avec un livrable.
Derrière cette convergence de façade, les quatre éditeurs ont fait des choix très différents. Voici ce qui les distingue vraiment, sur les points qui comptent quand on veut confier du travail à un agent.
Où le travail s’exécute
C’est la première question, et elle est rarement posée.
Chez Claude, une tâche Cowork tourne soit dans le cloud (bac à sable temporaire créé au début de la session et détruit à la fin), soit en local sur l’application de bureau, dans une machine virtuelle Linux isolée. Le mode local donne accès aux dossiers de l’ordinateur que vous avez explicitement autorisés, au navigateur, et même à l’écran (« Computer use », réservé aux plans Pro et Max). Une session cloud peut lire et écrire dans ces dossiers tant que l’application de bureau reste ouverte.
Chez ChatGPT, le mode Work distingue « Work Cloud » (web, mobile, bureau) et « Work Local » (bureau uniquement, avec accès aux fichiers locaux « limité aux fichiers dont la tâche a besoin »). Nuance importante lue dans la documentation : « les messages et le contexte de la tâche peuvent être stockés dans le cloud, même quand le travail s’exécute localement ».
Chez Microsoft, Copilot Cowork s’exécute dans un environnement temporaire isolé, à l’intérieur de la frontière de service Microsoft 365. Il ne lit pas les fichiers locaux de l’appareil : il travaille sur OneDrive, SharePoint, Teams et Outlook. Ce qui est parfaitement cohérent avec la philosophie Microsoft : votre travail est déjà dans le tenant. Une exception récente, le « Local browser use » dans Edge, en disponibilité générale depuis août.
Chez Mistral, Vibe Work tourne dans le cloud, avec un éditeur intégré (« Canvas ») pour relire et retoucher les productions. Pas d’accès aux fichiers de l’ordinateur ; on téléverse.
Ce que ça change : si vos données sensibles sont dans un dossier local et que vous ne voulez pas qu’elles remontent, seules deux plateformes vous laissent le choix, et une seule (Claude) documente un mode où l’agent lui-même tourne sur la machine.
Comment l’agent accède à vos outils
Un agent sans outils est un chatbot qui rédige des plans. Les quatre plateformes ont donc bâti des catalogues, mais à des échelles très différentes.
L’annuaire de Claude affichait 2 381 connecteurs le jour de l’observation, dont Microsoft 365 (avec écriture depuis juillet), Google Workspace, Slack, Notion, Jira, HubSpot, Salesforce. Les connecteurs MCP personnalisés sont disponibles sur tous les plans, y compris gratuit (limité à un).
ChatGPT parle de « plus de 1 400 plugins » (l’App Directory a été renommé Plugin Directory en juillet). Un plugin peut regrouper des apps, des skills, ou les deux. Point d’attention pour les entreprises : en plan Business, seuls les administrateurs peuvent activer le mode développeur et publier un connecteur MCP personnalisé, et « les apps ne peuvent pas être mises à jour après publication » au lancement.
Microsoft joue une autre partition. L’atout de Copilot Cowork n’est pas son catalogue de plugins (environ 105 observés, avec des absences surprenantes : ni Jira, ni Salesforce, ni ServiceNow sur le tenant testé, malgré la documentation de juin), c’est Work IQ, la couche qui donne accès à vos mails, fichiers, réunions, personnes et chats sans rien brancher. Dans une tâche Cowork, Work IQ apparaît simplement comme un outil parmi d’autres : « Searched your organization’s content ».
Mistral propose 75 connecteurs dans son Marketplace, avec une belle présence française et européenne (Pennylane, Brevo, DataGouv, Pigment) et une compatibilité MCP complète. L’ajout d’un connecteur MCP personnalisé est réservé aux administrateurs.
Ce que ça change : la question n’est pas « combien de connecteurs » mais « les miens sont-ils là, et qui a le droit de les brancher ».
Qui approuve quoi
C’est le sujet que nous trouvons le plus intéressant, parce que c’est là que se joue la confiance.
Claude propose trois modes, choisis tâche par tâche sous la zone de saisie : « Manually approve » (Claude demande avant chaque action), « Automatically approve » (Claude avance seul et s’arrête si quelque chose paraît risqué), « Skip all approvals ». Sur les plans Team et Enterprise, un administrateur peut interdire les deux derniers.
ChatGPT met les actions d’écriture des apps en « Always ask » par défaut : envoyer, supprimer, acheter, déplacer un fichier, changer une permission déclenchent une confirmation.
Microsoft demande une approbation avant toute action importante (envoi de mail, publication Teams, création de réunion), avec des options « Approve All » et « Approve & don’t ask again », et une granularité intéressante : le périmètre peut être défini par destinataire ou par domaine.
Mistral demande l’approbation avant toute action qui modifie un système externe, avec trois réponses : « Continue » (cette fois seulement), « Always allow » (pré-autorise la fonction), « Decline ». La documentation recommande explicitement de garder l’approbation manuelle sur les fonctions d’écriture et de pré-autoriser la lecture. Les permissions sont réglées fonction par fonction, et par utilisateur.
Ce que ça change : sur les quatre, le réflexe sain est le même. Lecture automatique, écriture validée. Ce qui varie, c’est la finesse du réglage et la capacité d’un administrateur à verrouiller le comportement de toute l’organisation.
Jusqu’où l’agent travaille sans vous
Toutes les plateformes ont des tâches planifiées. Les différences sont dans les détails, et les détails sont parlants.
Claude : fréquence minimale horaire, exécution dans le cloud « même quand votre ordinateur dort », possibilité de rattacher la tâche à un projet (elle hérite alors des instructions, fichiers et connecteurs). Aucun déclencheur événementiel.
ChatGPT : 10 tâches actives en Business, fréquence horaire, et depuis le 25 août des déclencheurs événementiels : un mail Gmail qui arrive, un message Slack, une pull request GitHub, avec un plafond de 30 exécutions par heure. Les Workspace Agents ajoutent une dimension de plus : un agent avec sa propre mémoire, ses skills, et un canal Slack où il répond directement.
Microsoft : 25 automatisations par utilisateur, des déclencheurs événementiels depuis août (réception d’un mail, message de canal Teams, @mention), et une nouveauté repérée dans la liste des skills intégrées : « goal », décrite ainsi : « Définit un objectif permanent, l’agent continue de travailler jusqu’à ce que la condition soit remplie ou que la limite d’effort soit atteinte ». C’est une inflexion : on ne planifie plus une tâche, on assigne un objectif.
Mistral : 5 tâches sur le plan gratuit, illimité en Pro, fréquence quotidienne au minimum (pas d’exécution horaire), pas d’événementiel.
Ce que ça change : deux plateformes (ChatGPT, Copilot) ont franchi le pas de l’agent qui réagit à un événement plutôt qu’à une horloge. C’est un changement de nature, pas de degré : l’agent devient un collègue en veille.
Comment on lui transmet un savoir-faire
Voilà le point de convergence le plus net. Les quatre plateformes ont adopté les « skills » : un dossier contenant un fichier SKILL.md avec des instructions, une checklist, un modèle de sortie. Mistral le dit explicitement : c’est le standard ouvert « Agent Skills », « initialement développé par Anthropic ». Microsoft accepte l’import de paquets Claude et les convertit.
Chaque éditeur y ajoute sa couche. Claude et ChatGPT empaquettent skills et connecteurs dans des plugins partageables. Microsoft plafonne à 50 skills par utilisateur et note chaque skill de 0 à 100 sur quatre critères (clarté du déclencheur, précision, périmètre, robustesse). Mistral complète avec les Libraries, des bases documentaires persistantes partageables avec des rôles Collaborateur et Lecteur.
Ce que ça change : un savoir-faire documenté dans un SKILL.md devient portable d’une plateforme à l’autre. C’est une bonne nouvelle pour les équipes qui ne veulent pas réécrire leurs procédures à chaque changement d’outil.
Le modèle et l’effort
Petit détail d’interface qui en dit long sur la philosophie de chacun.
Claude affiche le modèle et le niveau d’effort séparément (« Opus 5 High », « Fable 5.1 Medium »), avec cinq crans d’effort et un avertissement au dernier : « 1,5 fois ou plus d’usage ».
ChatGPT a remplacé tout cela par un curseur « Power » à cinq crans qui fait varier ensemble le modèle et le raisonnement : du GPT-5.6 Terra Light au GPT-6 Astra Medium. L’utilisateur ne choisit plus un modèle, il choisit une puissance.
Microsoft propose « Auto » par défaut et laisse le choix entre les familles GPT et Claude (sur le tenant observé : GPT 6 Astra, GPT 5.6, Opus 5, Sonnet 5), avec un curseur d’effort de « Faster » à « Smarter » et une note honnête : plus d’effort consomme plus de crédits.
Mistral ne propose pas de choix de modèle dans Work, seulement « Fast » ou « Think ».
Ce que ça coûte vraiment
Les prix affichés ne disent pas tout, parce que le travail agentique consomme beaucoup plus qu’une conversation.
Chez Claude, Cowork est inclus dans les plans payants (Pro à 20 $, Max à 100 ou 200 $, Team à 25 $ par siège), avec une fenêtre glissante de 5 heures et un plafond hebdomadaire communs à tous les produits. Cowork consomme plus que le chat, c’est écrit noir sur blanc.
Chez ChatGPT, le mode Work suit le modèle de crédits de Codex. Chaque siège Business inclut un usage ; au-delà, le workspace puise dans des crédits. Le jour de l’observation, la bannière affichait « Workspace out of credits » et le mode Work était bloqué. Ce n’est pas un cas théorique.
Chez Microsoft, Cowork est facturé « sur une base mesurée » en plus de la licence Microsoft 365 Copilot à 30 $ par utilisateur. Il faut que l’administrateur ait activé la facturation à l’usage et inclus Cowork dans la politique de dépense.
Chez Mistral, la mécanique Work, connecteurs et tâches planifiées est accessible dès le plan gratuit, avec des limites, puis 14,99 $ en Pro et 24,99 $ en Team.
Où vont vos données
Nous terminons par le sujet qui devrait ouvrir toute discussion d’entreprise.
Mistral héberge dans l’Union européenne par défaut. Mais attention : sur les plans Free et Pro, « les utilisateurs ne sont pas en opt-out par défaut » pour l’entraînement. Il faut désactiver le réglage soi-même. Seul Enterprise est en opt-out d’office.
Claude stocke par défaut aux États-Unis. Les plans Free, Pro et Max ont un réglage « Help improve our AI models » (5 ans de rétention si activé, 30 jours sinon). Team, Enterprise et API n’entraînent pas sur vos données par défaut.
ChatGPT n’entraîne pas sur les données des workspaces Business, Enterprise et Edu. La résidence des données en Europe est réservée aux plans Enterprise et Edu.
Microsoft applique l’EU Data Boundary à Copilot, avec deux exceptions documentées : les requêtes web envoyées à Bing, et les modèles Anthropic, « exclus de l’EU Data Boundary ». Pour les tenants européens, ces modèles sont désactivés par défaut et exigent une activation administrateur.
Ce que ça change : « hébergé en Europe » et « pas utilisé pour l’entraînement » sont deux questions distinctes, et aucune des quatre plateformes ne répond oui aux deux sur tous ses plans.
Le comparatif en un coup d’œil
| Claude Cowork | ChatGPT Work | Copilot Cowork | Mistral Vibe Work | |
|---|---|---|---|---|
| Lieu d’exécution | Cloud ou local (VM Linux sur le poste) | Cloud, ou local sur l’app de bureau | Environnement isolé dans le tenant M365 | Cloud |
| Fichiers locaux | Dossiers autorisés, écran (Pro, Max) | App de bureau uniquement | Non (OneDrive, SharePoint) | Non (téléversement) |
| Catalogue d’outils | 2 381 connecteurs, MCP sur tous les plans | 1 400 plugins, MCP custom par admin | Work IQ natif + environ 105 plugins | 75 connecteurs, MCP custom par admin |
| Approbations | 3 modes par tâche | « Always ask » sur l’écriture | Approve All, par destinataire ou domaine | Continue / Always allow / Decline, par fonction |
| Tâches planifiées | Horaire minimum, pas d’événement | 10 actives, horaire, événements Gmail/Slack/GitHub | 25, événements mail et Teams, skill « goal » | 5 en Free, quotidien minimum |
| Choix du modèle | Modèle + 5 niveaux d’effort | Curseur « Power » à 5 crans | Auto, GPT ou Claude + curseur d’effort | Aucun (Fast / Think) |
| Coût | Inclus, fenêtre 5 h + plafond hebdo | Usage inclus puis crédits du workspace | Licence 30 $ + facturation à l’usage | Dès le plan gratuit, 14,99 $ en Pro |
| Données | Stockage US ; pas d’entraînement en Team | Pas d’entraînement en Business ; résidence UE en Enterprise | EU Data Boundary, sauf Bing et modèles Anthropic | Hébergé en UE ; opt-out entraînement à activer en Free et Pro |
Ce qu’il faut retenir
Le mode agentique n’est plus une promesse, c’est un onglet. Mais choisir un « cowork » revient à répondre à trois questions dans l’ordre : où vivent mes données et où l’agent a-t-il le droit d’aller, qui valide les actions qui modifient quelque chose, et jusqu’où j’accepte qu’il travaille sans moi, d’une tâche ponctuelle à un objectif permanent.
Les quatre éditeurs ont des réponses cohérentes avec leur histoire. Microsoft part de votre tenant, Mistral de la souveraineté européenne, ChatGPT de la puissance de calcul mesurée en crédits, Claude de l’agent qui travaille sur votre machine. Aucune n’est neutre. Et toutes évoluent à un rythme tel que la moitié de cet article sera à mettre à jour avant la fin de l’automne.
Méthode : chaque plateforme a été parcourue en direct les 4 et 5 septembre 2026 (comptes Max chez Claude, Business chez ChatGPT, Microsoft 365 Copilot avec licence, workspace gratuit chez Mistral), puis chaque point a été recoupé avec la documentation officielle de l’éditeur. Les écarts entre interface et documentation existent, ils sont nombreux, et nous avons retenu ici ce qui était observé ou documenté explicitement.
